Quand la femme s’affirme, elle le fait à travers un acte de liberté, de manière consciente. Mais cet acte comporte une prise de risque car il échappe aux schémas collectifs de plus pure tradition. Mais c’est surtout quand elle le fait à travers cette identité créatrice qui a fait ces preuves en tant que levier d’un nouveau monde culturel. Elément dynamique de contestation qui a ciblé les concepts déformés d’amour et de l’individualité par la culture patriarcale arriérée. 

La Femme créatrice se dévoile sans tabou et ne cherche qu’à découvrir, explorer, connaître et apprendre les puissances de la vie : le Bonheur. Ni gourmande, ni libertine ni capricieuse, mais simplement et sans devoir se justifier à des violences indignées. Le lien qui existe entre l’art et la vie résonne cruellement depuis Leila de George Sand … et cela fait peur. L’art de la femme fait peur, car elle se dévoile et dévoile avec elle une audace que l’homme n’a guère envisagée. 

Le courage de la femme la mène à réclamer cette audace identitaire à la recherche de la liberté. « La mission de la femme est de relever le genre humain » annonça Raymond Bonheur à sa fille, Rosa Bonheur.

Nous ne cherchons pas la tolérance mais la reconnaissance de notre liberté identitaire, avec les conséquences que cela comporte: l’indépendance absolue. « La liberté est la moitié du talent et les trois quarts du bonheur » disait Marie Bashkirtseff dans son Journal.
L’obtention d’une culture propre aux femmes est le premier pas pour trouver l’énergie de changer la nature de choses. La lutte contre l’inhumanité, contre la bestialité de l’asservissement de la femme au caprice, à la tyrannie, injuste et féroce du maître et du consensus patriarcal.

Se soumettre, se cacher, se taire pour échapper au châtiment d’une opinion, d’un regard, d’un jugement castrateur qui manque de compréhension, d’éducation, de raison (ethos), de lucidité et d’honnêteté. La conscience de soi donne l’identité créatrice qui contribue à édifier l’être dans le corps et donne le courage d’être soi même en toute circonstance. Prendre conscience de soi est un acte de liberté qui revendique la maîtrise de son corps et de ses choix. Une quête pour l’autonomie qui s’identifie à la recherche d’un être sexuellement libre et socialement indépendant.

« Je me regarde sans honte: on a jamais blâmé les albinos d’avoir les yeux roses et les cheveux blanchâtres, pourquoi m’en voudrait-on être (moi-même) […] ? C’est une affaire de nature: mon étrangeté n’est pas un vice, n’est pas «voulue» et ne nuit à personne. Qu’importe après tout qu’ils médisent de moi ou me jugent d’après leurs préjugés ? Leurs «tabous» ont courbé des têtes qui les dépassaient, coupé les ailes à assez d’élans pour qu’on les méprises. Les soi-disant vertueux ont le sort de ceux qu’ils réprouvent […] il n’y a pas de place pour rien d’autre dans un tel amour (qui est le mien). Ses joies et ses douleurs lui font une solitude ou l’âme plane seule […] Mes parents m’ont-ils donc créée telle que je suis pour que je renonce à être moi-même ? […] Leurs lois bien plus strictes que les devoirs mondains, qui protègent leurs tours d’égoïsme par une froide philanthropie prouvant qu’ils n’ont jamais rencontré personne. » Nathalie C Barney Autobiographie cité par Marie Jo Bonnet.

Et si la Religion, la Médecine et la Psychanalyse se sont succédées comme arme de cloisonnement pour la femme et sa sexualité en attaquant l’âme, l’anatomie, la santé corporelle, la santé mentale comme les cibles prioritaires, la femme a continué à lutter pour le droit à la maîtrise de son corps, de son image, de son rôle dans la société (Rôle Social, économique, politique et culturelle). L’oppression des femmes est devenue politiquement une lutte catégorique face à un discours du pouvoir «masculin», qui symbolise une brutalité phallique : violences conjugales, lapidations, viols, circoncisions … Et on nous accuse de provoquer un désordre social ? D’avoir une constante angoisse identitaire ? D’être hystérique ou anandryne ? Quand ce que nous cherchons est d’abolir ce carcan réductionniste qui nous empêche de vivre.

La position sociale du rôle de la femme dans la construction de la civilisation française de ce XXI Siècle ne peut plus trouver de place dans un gynécée biologique limité à la famille, la procréation et le foyer, ni dans une timide défense de la parité. Cette idée est devenue une aberration de nos jours. Il faut prendre le risque de s’affirmer, d’admettre notre plénitude du choix et réclamer d’une fois pour toute la Reconnaissance.

Nous avons suffisamment souffert pour cela. Aujourd’hui nous sommes sur la voie. Devons-nous nous arrêter là, en sachant que chaque arrêt et un risque de retour en arrière ? Quand on nage contre-courant et que l’on s’arrête, ne sommes-nous pas emmenées en arrière par ce même courant ? Pouvons-nous nous permettre de relâcher nos efforts ou devons-nous assurer la relève de nos mères pour les amener à bon port, à ce havre de repostan désiré ? Avons-nous le droit de nous relâcher ?

La recherche de liberté n’implique en rien l’abandon de l’amour ou de la famille (mère aimante, épouse attentive,…) mais uniquement la possibilité de l’être ou non par choix ainsi qui la possibilité d’élargir cette palette d’alternatives, avoir le choix de son image, de son rôle, de sa vie, de son modèle de famille… La possibilité de vivre ses désirs, ses rêves, ses projets, ses passions en dehors du carcan dictatorial de certains phallocrates, en dehors des modèles stéréotypés par le poids de traditions cimentées dans un passé archaïque.

Si certaines d’entre nous ont eu la chance de ne pas avoir connu cette situation, d’autres y ont échappé et d’autres y sont toujours. 
La grande réussite du fascisme viril a été la désarticulation de la solidarité féminine qui avait été fondée sur le partage de la douleur (Mai 68) : diviser et hiérarchiser pour mieux renier. La lèpre de ce siècle est bien cette division. 

Le premier pas pour l’abolition de ce carcan et la restitution de notre place dans la société est notre reconnaissance par nous-mêmes, par le simple fait d’être femme et de savoir ce que c’est de l’être ; en dehors des choix individuels, en dehors des rôles sociaux, en dehors des manœuvre de diversion faussement moraliste du patriarcat. 

Il ne faut pas rester figer dans l’autosatisfaction des mirages politiques, des simulations marketings, mais s’appuyer sur nos petites réussites pour continuer à avancer, s’appuyer sur elles comme sur un levier, les transformer en déclic, pour extirper la volonté animale maladive de certain qui on peur de perdre ce pouvoir d’autorité sur nous. Il faut récupérer ce lien positif et rompre les rapports de force pour récupérer et « découvrir enfin notre totalité d’être humain » (militantes du MLF Tout n°15 Juin 1971 Paris).

S’unir et ne pas laisser nous infecter comme nous l’avons été en 1977, ce qui provoqua le déclin de notre union et avec elle de notre force. Quand l’idéologie phallocrate introduit l’union à travers une femme, ce sont toutes les femmes qui s’affaiblissent et ça, ils le savent bien. La Chaleur Structurante d’un groupe social crée une force, une contre-culture, un contre pouvoir… créer une atmosphère de courage et liberté pour que l’audace devient éloquence et l’aventure de l’esprit se positionne face au joug et l’aliénation. L’union doit devenir le vecteur d’une liberté individuelle.

Il faut préciser qu’aujourd’hui la culture patriarcale n’est pas réduite à l’homme. C’est une idéologie que nous retrouvons également chez certaines hommes et femmes qui ont été absorbé par des carcans des traditions archaïques. Pensez que la lutte est une lutte contre la famille, contre l’amour, contre la morale, contre la vertu … est une aberration. Il faut chercher uniquement à désinfecter ces notions polluées par la tyrannie du maître pour leur rendre une valeur d’innocence et de tolérance. Ces résidus d’idéologie d’un Ancien Régime sont en pleine transfusion grâce à une virilité fasciste d’un patriarcat fondamentaliste religieux (juif, islamique, chrétien, …) qui revient avec force à l’aube de ce XXI siècle. Pour cela nous devons réagir maintenant, tant que nous sommes en position de le faire.

@Regards de Femme np©nathalie.peguero 19/05/2004