Assumer la responsabilité de ces actes n’est plus chose évidente de nos jours.

Nous vivons un retour dans le temps des mentalités, et nous pouvons voir la parade d’idées extrêmes reprendre le dessus. Sous le slogan “tu ne peux me juger”, les hommes agissent sous un seul drapeau: “Quand j’agis comme tout le monde veut alors les conséquences ne sont pas accessibles à notre jugement, mais uniquement à une entité supérieure. Que se soit une Divinité, que se soit l’Histoire, que ce soit le Président ou le Chef, seulement lui pourra me juger.”

On avait cru au début du XX siècle quand Nietzsche annonça “Dieu est mort” que l’homme n’avait plus excuse pour assumer ces actes. Le principe de responsabilité été à l’ordre du jour depuis. Quand l’être humain nage dans les eaux troubles des conséquences il doit s’équiper de Lucidité, pour être capable de discerner ces conséquences, et de Compromis entre les conséquences et ces principes.

Mais dans un monde en crise, où la résultante des compromis crée des situations moralement difficiles à accepter, alors la notion de bien et de mal prend toute son envergure.

Sur tout quand les principes qui doivent équilibrer la balance sont égoïstes et sectaires provoquant une transformation du compromis en compromission (Acte par lequel, que ce soit par faiblesse de caractère, par intérêt ou par ambition, on transige sur ses principes, sur ses opinions. Acte de trahison, corruption ou acte indigne).

C’est à ce moment qu’on ramène au premier plan les principes moraux qui feront pencher la balance vers le tout noir ou tout blanc. Le manque de valeur dans le principe, le manque de Vertu, qui c’est vu déplacé vers la Virtu (l’image qu’on donne) provoque une chute si forte vers le sens inverse que nous arrivons à l’autre extrême. L’extrême est facile à comprendre car il se nourrît du besoin, d’un manque. Il est donc facile à répandre dans la masse, même les âmes simples saisissent la signification. Le message est rapide, évident et superficiel. De plus il est encré dans des traditions, des croyances fortes et partagés. Il se transforme en Conviction.

La conviction reprend le dessus dans ce moment de l’Histoire car les nuances qui engendre les compromis sont trop complexes à maîtriser. La lucidité a quitté le navire. Il est alors plus naïf de se dire “je fais ce qui est juste car je fais ce que tout le monde trouve juste de faire”. Ainsi le soldat, le combattant, le religieux agissent sans que les conséquences complexes l’importe. La réaction en chaîne provoquée (que Kant appelait le roulage ou Lorentz, l’effet papillon) n’a guère besoin d’être comprise. Toute la dimension de l’acte est réservé à un jugement qui échappe à l’individu et qui est émis par une entité d’ordre supérieure ou une conscience collective.

Que faire? Devons nous abdiquer de nos convictions, de notre moral pour abouti à un monde sans sens? ou devons nous favoriser la résistance avec la dérive que cela comporte vers la violence et de la peur? « C’est ni bien ni mal, il faut faire avec » dirait Maquivelo

La lumière se trouve dans la liberté. La notion de liberté inclus un principe de limite qui lui est propre. Ces limites n’ont rien a voir avec la restriction imposée mais avec une notion interne inhérente à la liberté. Elle sont les garantes d’une liberté saine. Mais comment les reconnaître ?

La liberté est le fruit du bon ordre car elle se manifeste à la fin et non au commencement comme disait Pierre Gaxotte. La liberté est donc une résultante. Et les règles du jeux qui nous emmènent à cette résultante sont données par les limites. En d’autres mots une fois les limites identifiés la liberté prend tout son sens. Par quel mécanisme arrivons nous à cela ?

La liberté implique une notion de distance. C’est cette distance qui engendre les limites. Cette distance va nous permettre avec sérénité de rétablir la lucidité à l’égard des processus en cours dans une période de crise (la crise comme la liberté est toujours individuel, car même si elle se propage tel un effet domino en prenant l’apparence d’une crise collective voir mondiale, c’est dans le cocon individuel qu’elle est générée)

La distance implique une réflexion, un détachement. Une prise de distance qui implique une prise de temps, c’est là que née la barrière de protection. Cette distance favorise un espace neutre d’échange et de partage entre notre passé et notre présent. La liberté est individuel, donc les limites le sont aussi. De plus elles évoluent avec le temps pour garder l’équilibre, comme un balance qui valse cherchant son point d’harmonie. Les limites nous invitent à prendre le temps de nous plonger dans le passé, à voir avec lucidité notre chemin parcouru et comprendre ce qui est et doit rester, et ce qui n’a plus lieu d’être et doit être amélioré. Une fois se travail achevé l’espace protégé dans lequel nous allons pouvoir avancer sans être sur nos gardes a pris forme.

Cette espace de liberté sert de support aux piliers de notre vie: à nos valeurs, nos principes et notre moral qui prennent racine dans les limites. Ce travail permet la reconstruction d’une morale saine. Tout bastion imposé de l’extérieur par des messages vraisemblables et déformes prends une place qui ne lui appartient pas, force à agir haut delà de nos limites réelles, haut delà de notre espace de liberté et fini par se briser, provoquant de tels dégâts qu’il ne reste plus de place que pour la peur ou la terreur comme la fin de la révolution française à bien connu.

La peur génère la violence et la colère ce qui mélangé avec des convictions de masse engendre des situations fortes dangereuses et destructives. Face à ça l’action individuelle se révèle saine et créative.

L’action individuelle implique une prise de responsabilité qui se développe dans un cadre harmonieux de compromis entre les conséquences et les principes. Et c’est cette démarche individuelle qui peut rétablir au niveau des masses un état politique et moral sains.

@Regards de Femme// Les Pensées Akelarre np©nathalie.peguero
15/01/2009

Citer en tant que:
Nathalie PEGUERO: Reflexion à haute voix: « Dérives et espoirs dans une période de crise 1.2 » Coll. Les Pensées Akelarre Ed. WordPress on line. 2009