Si, comme disent les vieux sages chinois, “le ciel et la terre traitent les êtres humains comme des chiens de paille”, alors pourquoi les êtres, entre eux devraient avoir plus de considération?

On remarque de nos jours de plus en plus de jeux de pouvoir. Autant au niveau individuel qu’au niveau des institutions. Engendré par des “instances” d’autorité (institution ou individu) qui décrètent les limites, le sentiment de culpabilité est transféré du besoin de contrôle à l’individu lui même. Le mécanisme utilisé est établi à travers le châtiment du désir ne correspondant pas aux normes établies qu’elles soient écrites ou implicites dans les rapports. Ce sentiment provoque deux types de réaction: d’un côté la résignation, d’un autre la frustration et la violence.

Face à cette situation, seul le plaisir devient alors libérateur.

Mais comment cela fonctionne?

On dit que le vide est l’absence de matière et, donc par définition il est contraire à l’être. Mais quand le vide se manifeste à l’intérieur de l’être, alors un gouffre émotionnel apparaît et exerce une pression particulière sur l’être humain, il l’écrase. L’être se sent étouffé par ce ressenti, torturé, et sa seule issue reste la fuite car : comme disaient les latins…

“Natura abhorret a vacuo”*

Quand la relation qui s’établit entre les “instances” d’autorité et l’individu implique un déséquilibre émotionnel trop important, alors la relation s’approche des rapports maître-esclave très connus dans le milieu SM. Le vide initial avance vers un gouffre encore plus prononcé et devient de plus en plus inflexible.

La culpabilité s’appuie sur ce sentiment démesuré de vide interne, un vrai tonneau des Danaïdes**.

La communication est faible et ne se fait que dans un sens. Ce qui n’implique aucune démonstration d’amour ou de respect. “L’instance” d’autorité (institution ou individu) est confortablement établie dans la position de maître. Mais là où le gouffre devient insondable, l’individu devient martyr. Cela implique une position acceptée de sacrifice. Et non de révolte. Cette position de résignation implique de la part de l’individu, un équilibre personnel entre le plaisir dans la douleur et le besoin de sécurité. L’emprise psychologique étourdit l’individu et le perd en lui même l’entraînant dans un cycle infernal.

Ce n’est donc pas la douleur mais le bridage fervent de l’expression du plaisir qui amène la révolte contre ces institutions et personnes dites d’autorité. La genèse des émotions de révolte puise sa force dans le même vide intérieur que la culpabilité. En écrasant l’individu par un sentiment de frustration, la culpabilité fait jaillir de la dimension émotionnelle, la violence primaire dite de survie de l’être humain. Exprimée physiquement ou verbalement, cette agressivité se répand telle un cyclone non contrôlé créant des havres de douleur à des cibles à l’origine non impliquées dans la gestation du vide.

Le mécanisme libérateur passe par l’expression d’un désir dit “juste”. Le désir est attaché à la notion de manque. Il va donc exposer un besoin individuel qui émane de soi ou de l’autre (caractère misérable). Ce désir est nécessaire à l’équilibre de l’individu, puisqu’il favorise le rééquilibre de ce vide intérieur et se positionne comme castrateur du sentiment de culpabilité et donc de la violence. C’est un mécanisme fécond qui facilite la création de nouvelles situations construites en quête d’un environnement plus équilibré. Il libère la vacuité de notre être, du sentiment d’angoisse et la transforme en force créatrice. Il génère un dialogue et une écoute de soi et d’autrui. Il brise le “tonneau” et libère l’être du contexte culpabilisateur.

Le vide est alors transformé en art.

* : La Nature déteste le vide

** : Le tonneau des Danaïdes est comme le mythe de Sisyphe, une allusion à une tache qui n’en finit jamais. Le tonneau était percé et les Danaïdes avait été condamnés à le remplir, une action éternelle et impossible à réaliser dans son intégralité.

 

@Regards de Femme// Les Pensées Akelarre np©nathalie.peguero
13/08/2009

Citer en tant que:
Nathalie PEGUERO: Reflexion à haute voix: « Jeux de pouvoir ou la naissance de l’art 1.6 » Coll. Les Pensées Akelarre Ed. WordPress on line. 2009