“Qu’est-ce qu’il y a avant la chute, maman?” “Avant la chute?…. il y a le cirque.”

Le cirque, un environnement où cohabitent les mages, les équilibristes, les contorsionnistes, les clowns, les bêtes sauvages, les jongleurs, … et les rêves les plus fous. Autant de rôles et d’expressions que l’ont rencontre dans la société capitaliste. C’est ainsi que le système développe sa faune, à travers des savoir faire aussi variés que pointus. L’expert a toute sa place et sa sagesse laisse perplexe, impose le silence et rien ne peut lui être opposé. L’expertise est synonyme de garantie de résultat. Et le résultat est la religion du capitalisme.

Quand nous examinons le panorama mondial, on découvre que ce système se développe tissant un maillage surprenant avec une mentalité qui lui est complètement contraire. Dans une approche aussi paradoxale, le capitalisme donne la main à la démocratie.

La démocratie est par définition le  » faire prévaloir la conscience face à la compétence ». La conscience fonctionne comme un égalisateur de différences, car elle implique un savoir faire partagé. Il suffit d’être capable d’appréhender des sensations ou des émotions pour avoir une conscience. La démocratie ne nous demande pas d’être un spécialiste en droit pour voter sur Maastrich mais d’avoir un avis, une conscience. Tandis que la compétence à travers l’expertise induit un certain degré de discrimination.

Le désir de savoir ne peut se développer que dans un contexte équilibré et non discriminant. Et ce sera le droit de savoir et le besoin de savoir qui s’exprimeront dans des situations de déséquilibre. Est-ce que cela pourrait expliquer la réaction de certains individus qui parlent constamment de complot, de mensonge et de manipulation des autorités?

Ce qui est vrai c’est que le système capitaliste favorise l’expertise, la compétence par son apologie du résultat. La performance est la seule valeur qui compte, elle est la base de « l’éthique républicaine ». La conscience n’a pas de place réelle dans l’exécution au quotidien. Le capitalisme à travers son culte au chiffre ne peut fonctionner que dans une structure fortement hiérarchisée, capable d’assurer le “Vidi, vini, vinci”. Cette hiérarchie peut être structurelle et organisée de manière décisionnelle (lobby) ou naturellement par la performance. Souvent le lobby tentera de légitimer la décision par la valeur ultime du système: la prouesse ou le succès des taches accomplies par le passé. Ce qui sont en haut décident, ce qui performent survivent et légitiment**.

Dans cette structure fortement autoritaire la conscience n’a pas sa place.

Une structure politique capitaliste devient soit autoritaire (quand la conscience n’a plus de place) soit d’assistanat (quand elle tente de concilier l’expertise et la conscience). Mais le capitalisme a besoin de la démocratie, car elle fait partie des outils qui l’aident à tenter de combler le manque de vertu. La conciliation est donc un mal (mal pour le système) nécessaire (nécessaire pour les individus).

Dans l’état actuel des choses, le principal problème du capitalisme est la conscience sociale et écologique. La seule issue du capitalisme est de transformer la conscience en valeur d’échange, pour qu’elle devienne un produit.

Cette transformation utilise d’une part le marketing pour créer un semblant de valeur moral et la finance pour générer un besoin monétaire.

Ce tissage capitaliste utilise les valeurs morales de l’écologie et la démocratie pour déployer une série de concepts qui lui serviront à développer un argumentaire vertueux: liberté, équité, santé, responsabilité, le bien, l’honnêteté,… des notions qui sont extirpées de leur contexte pour subir une vernis à base de “valeurs de marché”. La liberté est celle d’entreprendre, l’équité est liée à du marketing de bonne conscience (produits équitables qui permettent de vendre plus cher), la santé rattachée à des labels (sans OGM ou bio produits équitables qui permettent de vendre plus cher), la responsabilité est attachée à des pénalités, le bien coûte plus cher, l’honnêteté donne la confiance pour fidéliser et consommer plus et plus régulièrement, … toute les valeurs morales ont dans le capitalisme une expression de valeur marchande***.

Et la démocratie? Le capitalisme ne peut pas transformer la conscience en valeur marchande. Il peut tenter de faire prendre conscience en informant. Il peut tenter d’apporter de la lumière sur certains sujets pour que chaque individu se sente plus lucide. Mais que les êtres soient lucides ou aveuglés c’est la «souveraineté du peuple» qui prime. Cependant la démocratie est exprimée en idée et en principes, mais rien n’est énoncé en terme de mise en oeuvre dans les textes légaux, ce qui laisse une porte ouverte au capitalisme pour rebondir.

La démocratie occupera une couche “biosphèrique” autour de l’€co-système. Elle devient un outil du capitalisme : « une méthode politique pour prendre des décisions et non un idéal absolu »* Le capitalisme construira des consultations basées sur des programmes à contenu multiple où la désignation finale sera déterminée par une conscience élaborée à partir de ce que l’ont sait (ou de ce que nous avons eu le droit de savoir, ou nous avons pu apprendre). Le choix comportera des sacrifices. L’individu choisit une solution globale, même s’il y a des choses dont il est contre, il prendra sa décision suivant le précepte du moindre mal et de la confiance. Cette élection produit une légitimité, qui prend la valeur d’ « expertise » face à laquelle le silence doit se faire. Le programme sera ensuite mis en place et décliné selon les intérêts du système et non plus des individus. Car dans ce tissage, le système est définit publiquement comme étant l’ensemble des individus et non la logique qui établit la trame des relations financières structurelles qui sustente le capitalisme. La remise en question de manière cyclique réconforte la cohabitation de ce paradoxe, et le rend viable.

* Joseph Aloïs SCHUMPETER 1942 cours sur le capitalisme, socialisme et démocratie. éditions Payot. Page 417.

** Voici un exemple d’un discours qui extirpe des notions fondamentales de la morale et de l’histoire des combats démocratiques pour légitimer l’action et le choix de l’expertise. On peut discerner l’utilisation des idées de l’esprit républicain des années 1880. Cette élan de pensée avait créé les écoles laïques pour s’éloigner le lobby des églises, et l’école obligatoire et gratuite pour garantir la scolarisation des filles et des enfants des campagnes. Dans cet exemple les valeur morales initiales sont réutilisées pour légitimer une situation de lobby: http://www.dailymotion.com/video/xaspb1_sarkozy-pour-reussir-il-ne-faut-plu_news

*** Pour plus d’information sur l’esprit républicain initial consultez le site:
http://www.senat.fr/evenement/archives/D42/index.html

@Regards de Femme// Les Pensées Akelarre np©nathalie.peguero
15/10/2009

Citer en tant que:
Nathalie PEGUERO: Reflexion à haute voix: « Le paradoxe du capitalisme 1.10 » Coll. Les Pensées Akelarre Ed. WordPress on line. 2009


“Qu’est-ce qu’il y a avant la chute, maman?” “Avant la chute?…. il y a le cirque.”

liberation

Cette hiérarchie peut être structurelle et organisée de manière décisionnel (lobby) ou naturellement par la performance. Souvent le lobby tentera de légitimer la décision par la valeur ultime du système: la prouesse ou le succès des taches accomplies par le passé. Ce qui sont en haut décident, ce qui performant survivent et légitiment.