La vérité, est-elle une singularité ou a-t-elle des variables? Est-elle immuable ou s’inscrit-elle dans une trajectoire? Comment l’exposition de la vérité affecte-t-elle son apparence? Doit-elle rester secrète pour rester une singularité et ainsi préserver sa nature ou la métamorphose est un état inhérent à son essence?

Quand une vérité nous apparaît sous différentes facettes, est-elle toujours vérité? Cette variété émane-t-elle de sa nature profonde ou ce sont nos yeux, notre langage et notre perception qui filtrent ses profils dû à notre incapacité d’appréhender la totalité de son état originel?

Nous croyons en l’Être Humain en tant qu’être limité par sa condition “habea corpus”. Doté de capacités intuitives et de logiques capables de porter sa connaissance vers de lointaines frontières, il ne peut que repousser le périmètre d’un savoir confiné. Sa collecte élémentaire du monde est indéniablement filtrée par sa “corporea natura”.

La perception tronquée face à la totalité ne consent que le discernement d’une fraction. Avec cette compréhension segmentée de la réalité qui l’entoure, la communauté tente de rassembler les portions individuelles suivant un ordre logique de manière à obtenir une représentation complète de ce qui est. Mais sans une vision globale comment connaître le logos ?

Notre construction communautaire semble plus proche d’une vue kaléidoscopique recomposée que d’une photographie. Si la connaissance scissionnée de ce qui est témoigne de coupures singulières de la sagesse des corps comment peut-elle prétendre au grade de certitude universelle ?

Le dicton « errare humanum est, perseverare diabolicum » ( “il est humain de se tromper, mais persévérer est diabolique”), nous enseigne que l’acharnement de ceux qui prétendent avoir de leur coté la vérité depuis des siècles, voulant imposer une conduite à l’être humain et à la communauté, serait plus de l’ordre de la deuxième partie de l’adage. L’inflexibilité face au changement, le refus d’évolution, le rejet des nouvelles perceptions des réalités sont des attitudes obstinées qui contraignent l’Être Humain à adopter une position de vie contraire à sa propre nature.

L’Être Acharné verse dans l’oubli le principe de vie le plus élémentaire : la vie est construite sur des liens avec autrui . Il néglige le fait que ces liens sont des conventions, des alliances, des accords qui par nature sont amenés à évoluer et avec eux la vision de ce qui est. C’est par le changement que la création se manifeste. De l’opiniâtreté ne résulte que la stérilité. Si l’évolution permet l’amélioration, la stagnation n’apporte que l’agonie du modèle.

Si la vérité est une singularité elle ne fait guère partie d’un carcan. Nous n’en percevons qu’une vue kaléidoscopique qui évolue et s’agrandit avec le changement des mentalités. La trajectoire est donc celle de sa compréhension, et elle progresse suivant la ligne du temps. Si l’ignorance du droit porte préjudice à l’individu, ignorer la loi de la Nature porte atteinte à la sagesse de l’Être Humain.

Nous ne pouvons guère accepter, sous l’excuse de l’ignorance (« Beati pauperes spiritu »(Heureux les pauvres en esprit)…) que la violence impose sa rigidité face au changement. Dans sa quête dictatoriale elle se manifeste par des propos sanguins voulant imposer sa prétendue vérité absolue par des mots ou par des actes barbares qui se nourrissent de haine. Ces attitudes archaïques d’une fraction d’hommes ne peuvent être acceptées par la communauté ni comme loi, ni comme sagesse. Leur temps s’est écoulé et leur place est désormais périmée. On leur demandera alors de faire comme le cordonnier et ne pas juger au-delà de la chaussure ( « ne sutor ultra crepidam »).

@Regards de Femme// Les Pensées Akelarre np©nathalie.peguero
25/11/2012

Citer en tant que:
Nathalie PEGUERO: Reflexion à haute voix: « Au-delà de la chaussure 1.14 » Coll. Les Pensées Akelarre Ed. WordPress on line. 2012