L’éducation est le geste nécessaire garant d’un état démocratique.
L’abandon par l’état de la veille sur le niveau éducatif d’un pays est synonyme de la bascule du peuple à un état potentiellement “dictatorialisable”.

La grandeur d’un peuple vient de sa liberté de conscience et pour cela la liberté de choix est indispensable, et cela dans l’expression du respect d’autrui. Nous ne pouvons faire un choix qu’en partant de sa propre analyse, et non pas de celle qu’on nous impose par autorité (manipulation ou violence). La grandeur d’un peuple vient donc de sa capacité à exercer un esprit critique. Cet état permet à l’individu d’analyser, de développer une étude logique en se basant sur les informations acquises et, surtout, de se rendre compte si d’autres informations manquent et lesquelles sont indispensables pour pouvoir établir un quelconque jugement, avis ou choix. Sans aller jusqu’à l’expertise, il est nécessaire que le niveau éducatif d’un pays soit suffisant pour être capable de garder un esprit critique sur son entourage.

Il y a un terme très à la mode depuis les élections françaises de 2007: la démocratie participative. Et là, nous, simple êtres du peuple, on se pose la question: la démocratie peut ne pas être participative? N’est-ce pas redondant? La démocratie, n’implique-t-elle pas la contribution du peuple? Comme nous l’avons dit précédemment dans “la paradoxe du capitalisme” : “La démocratie est par définition le ” faire prévaloir la conscience face à la compétence”. La conscience fonctionne comme un égalisateur de différences, car elle implique un savoir faire partagé. Il suffit d’être capable d’appréhender des sensations ou des émotions pour avoir une conscience.” Cependant cela n’exonère pas l’état de ses responsabilités en matière d’éducation.

Les émotions sont manipulables. Les mécanismes en sont connus et utilisés par les experts en communication et en psychologie. La conscience d’un individu est constamment sollicitée à travers les médias, que se soit à travers les informations, les séries, les débats, les jeux … Les peurs et les idéologies, sont exploitées pour générer des émotions et faire passer des messages dits éducatifs selon une mentalité dominante.

Nous les absorbons, nous les intégrons de la manière la plus innocente et nous nous l’approprions. Ainsi quand une autorité (légale ou d’emprise) désire provoquer une réaction rapide, en soutien à une décision prise d’ordre peu populaire, elle utilisera le sentiment de peur pour générer cette approbation: Associer des segments de la population à de la violence, activer l’information sur des actes de barbarie, répandre un certain sentiment d’insécurité, sont autant de moyens qui fonctionnent.

Mais, si les Journaux Télévisés sont aussi fort utiles dans ce mécanisme, les séries TV ne le sont pas moins. Plus facile à identifier quand on prend du recul, nous arrivons à percevoir la peur de la technologie dans les premiers épisodes de “Star Trek”, les messages sur la famille conservatrice dans “La petite maison de la prairie”, l’ouverture d’esprit dans “Médium”, “Numb3rs” le tout édulcoré par une passion démesurée du travail, des messages de discipline et mode de management dans “NCIS” ou “Star Trek Voyager”, d’intégrations des minorités dans “Starky et Hutch”, du lobby sur la prise de responsabilité des minorités dans “24hrs chrono”, l’égalité des sexes “NCIS”, “Jag” et “les Experts” ou encore “Chapeau melon et bottes de cuir”… Mais tous ces messages glissés dans l’inconscient populaire prennent racine et se développent sans que l’individu en prenne forcement conscience.

Sans le travail pour renforcer sa capacité critique et sans l’exercice régulier, l’individu devient un pion prédisposé à réagir dans le sens pour lequel il a été programmé.

L’éducation autant des sciences, qui permet la compréhension des schémas et des structures fondamentales de logique, et des lettres, qui donnent des compétences sur les différentes significations autant de ce qui est dit que de ce qui est omit, permet d’avoir un peuple qui est capable d’exercer la démocratie avec un grand D.

Nous comprenons alors pourquoi les politiciens ont inventé le terme de démocratie participative Vs démocratie représentative. D’un coté on implique le peuple directement dans les choix importants (à travers des référendums, des débats réels où les propositions du peuple sont reprises et votées), d’un autre coté le peuple choisit une personne qui s’exprimera pour eux, une personne éduquée et avisée.

D’un coté pour être certain d’un choix juste, bon et équilibré le peuple doit être capable de comprendre, de l’autre il a juste besoin d’avoir un sentiment de confiance pour choisir quelqu’un capable de prendre la décision à sa place. Sur ce ‘représentant’ reposera autant son espérance que son abnégation.

Mais qu’est-ce qui se passe quand un référendum est lancé et que le peuple ne voit pas la vraie question? … La vraie question … car comme dans les sondages il est facile d’orienter les questions pour obtenir la réponse désirée. Un simple exemple: demandez à un chef religieux si un homme qui est en train de prier, peut fumer… il y a de très fortes chances qu’il vous réponde “non”. Maintenant, demandez-lui si un homme qui fume peut prier, il y a de fortes chances pour qu’il vous dise qu’il peut. Pourtant la question évoque le même contexte: est-ce qu’on peut prier et fumer en même temps? La question est exposée de manière à induire la réponse voulue. La seule solution réside en la reformulation par chaque individu, pour cela un minimum d’éducation est requis.

C’est ce qu’y est arrivé en fin 2009 avec le référendum Suisse sur la construction de nouveaux minarets. Comment traduire la négative du peuple? Est-ce un refus à l’intégration (la construction de nouveaux lieux de cultes officiels permet l’encadrement du culte religieux qui n’a plus besoin de trouver des centres improvisés et non adaptés) ou la manifestation de la peur de l’exercice d’un islam radical en Suisse (amalgame entre musulman et islamiste radical?)

La peur de l’état sur la démocratie participative ou directe est son instrumentalisation, c’est à dire, la peur d’une remise en cause de la légitimité des représentants. Le gouvernement voit dans cette démarche un outil à disposition de l’opposition. Ce qui implique une notion de lutte et non de travail d’équipe dans la gouvernance d’un pays. On parlera alors d’un argument populiste, exploitable par les mouvements politiques radicaux… et la démocratie participative est réduite à un outil de manipulation.

Mais il est important de comprendre qu’il est essentiel de différencier la délibération du peuple sur un sujet qui l’affecte dans sa vie et la prise de décision, ce sont deux choses différentes. Et si la décision prise par le peuple directement peut être manipulée quand le niveau d’éducation populaire est faible, l’avis du peuple doit être pris en compte quand les sujets ont un impact dans la vie des individus. La démocratie participative ou directe ne doit pas toucher les fondamentaux de la république.

Référendum d’initiative populaire, est un mécanisme fondamental de l’expression de la démocratie à partir du moment où il n’exprime pas des dérives unitaristes, qui serait l’expression d’une volonté manipulée qui jaillirait. C’est pourquoi la démocratie doit être capable de jouir de la séparation des pouvoirs qui cherche à équilibrer la santé du système.

La parole des experts ou des riches ou des entrepreneurs n’est pas la garantie d’un état démocratique. La veille du niveau éducatif reste l’oeuvre fondamentale dont le gouvernement est responsable. Cela implique aussi l’identification des aptitudes au plus jeune âge, de manière à garantir la réussite de l’éducation à travers un parcours pouvant aller le plus loin possible.

@Regards de Femme// Les Pensées Akelarre np©nathalie.peguero
02/01/2010

Citer en tant que:
Nathalie PEGUERO: Reflexion à haute voix: « Démocratie et éducation 1.12 » Coll. Les Pensées Akelarre Ed. WordPress on line. 2010