L’être humain croyait à la force de la Nature, à la force des océans, des vents ou encore au miracle de la vie. Mais l’être humain n’arrivait pas à comprendre. Ce fut à ce moment précis où le besoin de comprendre fut plus fort que le besoin de croire, ce fut à ce moment précis où le besoin de se souvenir fut plus fort que le besoin de comprendre, que l’être humain transforma la croyance dans les âmes (animus) en la croyance des dieux à apparence humaine.

Citer en tant que : Nathalie PEGUERO: Réflexion à haute voix: « Boussole de la vie… L’Histoire empruntée de la création du monde 3.2» Coll. L’âme amérindienne Ed. WordPress on line. 2012

doc2

Ce fut ainsi que les forces de l’océan devinrent Poséidon et ses enfants. Ce fut cet anthropomorphisme qui apporta à l’être humain la possibilité de mieux comprendre la force et ses effets. Ce fut la naissance du contrôle sur les croyances car le porteur de l’histoire pouvait ainsi insérer les bonnes pratiques sous forme de rites pour en garantir une meilleure diffusion. Des histoires plus interférantes et semblables à celles de l’être humain, avec ses vertus et ses abus furent alors plus faciles à mémoriser.

Mais si des dieux comme Zeus, Horus, Ishtar, Osiris ou Apolon nous sont connus, il faut savoir que leurs histoires remontent à un âge bien antérieur. Dans cette période perdue dans les anales du temps d’autres noms portaient ces histoires. Même si le sexe, les anecdotes ou le nom des héros de certaines légendes furent parfois changés, leurs histoires demeurèrent toujours reconnaissables.

Prenez ces lignes comme une main tendue et avançons ensemble vers un temps passé loin de la mémoire de ce qui fut et pourtant est toujours avec nous, … Regardons de plus près:

“Nous voilà il y a plus de 6 milles ans. Nous rencontrons un berger, aimé de tous, un berger que l’on respecte. On dit de lui qu’il est roi, un berger-roi et même parfois dieu des récoltes et de la végétation. Son nom est Dumuzi, il naquit dans une caverne d’une mère vierge nommée Ninsoun, connue plus tard par les Egypsien sous le nom de Hator, … et bien d’autres encore.”

Le culte matriarcal de la déesse vierge était aussi suivi de l’autre coté de la Terre à l’époque pré-colombine (avant Colomb) : les chibchas , tribu de la Colombie, vénéraient un fils du soleil dont les rayons avait fécondé une vierge : la virginité de la mère du héros et sa conception “anti-naturelle” (sans le recours d’un père) sont répandu dans plusieurs tribus du continent. C’est ainsi que née le demi-dieu ou le fils des dieux.

Des similitudes de symboles, de mythes (mythe du déluge, l’existence de géants,…) ou encore de modes de vie entre les cultures indo-européennes et précolombiens furent signalés par les franciscains, les dominicains et les jésuites après leur arrivé sur les terres d’outre-Atlantique.

Les cultures locales dédiaient à la déesse vierge un jour de fête… Le 8 septembre. Curieusement il s’agissait de la date à laquelle l’église romaine fête encore aujourd’hui le jour de la naissance de la Vierge Marie.

Mais cette date n’est pas un hasard. Et si nous replongeons dans les forces de la Nature voici ce qu’elle nous dit :

Elle est la date SPICA (épis de blé) l’étoile la plus brillante de la constellation de la Vierge (Déméter pour les Grecs, Cérès pour les romains, déesses des moissons et de la labeur de la terre). A cette période se produit sa naissance héliaque. L’étoile suite à une période où, après avoir était cachée sous l’horizon, elle passe juste au-dessus restant encore invisible noyée par la luminosité du Soleil. Le moment de sa sortie de cette période est connu comme étant le lever héliaque d’une étoile, le moment où elle devient visible à l’Est, au-dessus de l’horizon, au moment de l’aube.

Avec le façonnage des forces de la Nature en caractère humain les histoires traversent le temps et les cultures laissant derrières elles des survivances comme des repères essentiels au risque de perdre leur sens initial. La trace d’actes héroïques subit souvent une évolution du contexte. Sous l’influence de la pensée patriarcale des cultures qui alimentent le culte du père, la figure du héros peut d’un personnage féminin devenir un héros masculin. L’empreinte qui subsiste, épurée de ses connotations d’origine se fait remarquer par sa capacité à dompter les inévitables aléas  de la Nature (le divinisé apparaît sous forme anthropomorphique). Ainsi le thème de la lutte pour la vie ou de la victoire face à la mort est également arrivé à nos jours avec les mythes de résurrection.

Faisons une petite halte dans notre voyage et regardons le mythe à période des premiers l’âges :

Dumuzi, fils de Ninsoun la déesse vierge, épousera Inanna, fille de la lune, de lignée suprême, déesse de l’amour et de la fertilité. La sœur de Inanna, la terrible Ereshkigal régnait sur le royaume des morts, pays de non retour, que 7 portes gardaient.

Elle descendit voir sa soeur pour que celle-ci puisse se libérer pour assister aux funérailles de son époux (Sacrifice). Mais par la ruse, elle fut humiliée devant les sept juges  qui la condamnèrent à mort (Trahison).  Après trois jours et trois nuits, la servante d’Inanna, sa fidèle et loyale Ninshubur, demanda audience et se prosterna devant tous les dieux ( Amour) mais aucun ne voulut l’écouter à l’exception de son père ENKI. Il créa donc deux êtres sans sexe à qui on ne pourrait pas empêcher l’entrée au pays de la stérilité. Les deux créatures eurent le droit de ressusciter Inanna à condition qu’un remplaçant lui fut trouvé ! (Prix)

Revenue au pays des vivants, accompagnée d’une escorte de petits démons, qui voulurent emporter Ninshubur, Inanna s’y opposa car elle était sa fidèle servante qui l’avait défendu (Amour). De retour chez elle à URUK elle eut la surprise de trouver son mari Dumuzi en train de festoyer joyeusement au lieu de prendre le deuil (Trahision). Inanna très indignée le désigna pour être son remplaçant aux enfers (Vengeance). Mais pour alléger son sort, elle autorisa Geshtinanna, la sœur de celui-ci, déesse du vin à prendre sa place tous les six mois par alternance, et le ramena ainsi d’entre les morts (Compassion).

Cette histoire nous interpelle aujourd’hui par ses nombreuses similitudes avec le mythe grec de Déméter ( de Gễ Mếtêr, signifiant Terre mère, symbole de l’agriculture, de la fertilité des sols par la labeur, de la moisson et des récoltes nommée aussi nommée Cérès chez les romains).

Persephone, fille de Déméter et Zeus fut emportée aux enfers par Hadés, avec la complicité de son frère Zeus. Démeter descendit dans les enfers pour voir Hadés pour qu’il la libère. Mais il ne voulut rien savoir. Remplie de colère elle s’en fut alors voir Zeus qui ne voulut rien entendre. Déméter arrêta de travailler la terre et le monde connut une terrible famine. Alors il intervint et envoya Hermès voir Hadés. Ainsi Persephone fut autorisée à quitter les enfers pendant 6 mois pour rejoindre sa mère Déméter et les champs fleurirent une fois de plus.

Dans la mythologie grecque, Deméter correspond à Inanna. Mais dans cette version Inanna serait Persephone et Démeter jouerait le rôle de Ninshubur qui pleure la perte de Inana auprès de son Père Enki, tout comme Deméter pleure la perte de Persephone auprès de son père Zeus. Si Persephone réussit à aller voir sa mère,  Inanna ressuscite pour retrouver Ninshubur. Inanna ressuscite d’entre les morts comme le fait Persephone. Mais Persephone endosse deux personnages (Inanna lors de la première résurrection et Dumuzi lors des cycles de 6 mois). Le retour de Dumuzi sur terre est vu comme le début du renouveau de la nature tout comme l’ai le retour de Perséphone.

demeter-et-persephone

La trahison à également  était adaptée. Si dans la version “d’origine” c’est la soeur qui trahit Inanna dans un premier temps et son mari dans un deuxième, Déméter voit la trahison dans Zeus, le père qui donne la fille à son oncle, en l’aidant à la capturer.

Dans l’adaptation grecque les changements de sexe des personnages sont remarquables.  Il est également intéressant de signaler que la permutation sexuelle de Persephone/Dumuzi n’est pas la seule. Ereshkigal, soeur de Inanna, change de sexe quand elle devient Hadés (frère de Zeus). Ainsi celui qui subit devient femelle (Dumuzi >> Persephone), et celle qui agit devient mâle (reshkigal >> Hadés)

De cette manière et avec l’évolution du temps l’histoire se crée en adaptant les histoires aux croyances, voir aux stéréotypes action/réception, de mâle/ femelle, de yang/yin.

Inanna, la “reine” du ciel, devient elle aussi un symbole de la résurrection, comparable aux pouvoirs de légende (pouvoirs aussi détenus par la déesse égyptienne Isis qui a fait revivre son époux Osiris assassiné et déchiqueté par son méchant frère Seth (comme Inana qui après s’être faite déchiqueter par sœur Ereshkigal, ressuscite puis condamne et ressuscite son époux Dumuzi).

Mais pour clôturer la boucle, Isis se fait féconder post-mortem par l’esprit de son époux donnant naissance à un fils qu’elle nommera Horus. Tout comme Ninsoun la déesse vierge donna vie à Dumuzi.

Si l’histoire de résurrection et de naissance d’un fils d’un dieux porté par une femme, vierge ou n’ayant eu de contact physique pour la conception, est un sujet maintenu dans le temps,  la confusion des liens et des sexes permet la permutation des rôles. Casser l’ordre symbolique permet d’épurer les discours pour permettre l’analyse et la critique des phénomènes.

La transformation progressive du héros se fait non seulement dans sa sexualité mais également dans son degré divin. Ainsi, initialement pont entre l’humanité et la divinité, il devient petit à petit membre de l’espèce homo sapiens. Avec cette évolution se manifeste une volonté de mettre en avant le contrôle exercé par l’être humain sur les évènements qui l’entourent, voir sur son destin. Ainsi le héros passe de divin ayant une attraction particulière pour les humains (Prométheus) à humain (Jason ou Noé) en passant par une étape de demi-dieu (comme Hercule, Heraclés ou Gilgamesh).

Il est à la fois une valeur divertissante qui favorise la mémorisation de l’histoire et une valeur morale car il amène avec son action l’image du bon. Il sert ainsi de repère pour accomplir des bonnes choses. Il devient synonyme de vertu, d’exemple à suivre, de devoir, de loi. Il développe autour de lui une aura émotionnelle. Une énergie subtile qui agit sur la création d’un lien émotif avec le héros et qui permet le tissage du chemin de l’héritage historique.

Si la notion de bon évolue, le traitement du héros change également avec le temps sans altérer son aura : initialement dieux, le héros est puni par ses pairs (Prométhéus) pour avoir dévoiler les secrets divins pour aider les humains. Etant un dieu il possède le libre arbitre et les choix ont un prix. Mais devenant demi-dieu il commence à être celui qui est en confidence avec les secrets du divin, la connaissance s’amoindrit et il devient plus maniable pour les dieux. Cette perte de savoir s’accompagne d’un gain : la protection des dieux face aux défis qu’il devra affronter.

La protection est ainsi le premier cadeau pour avoir fait ce que les dieux assignaient comme tâche ou défis. La protection s’exprime ainsi à travers la facilité de vaincre les défis (pouvoir) la durée de la vie (immortalité) ou la suprématie face à la mort (la résurrection).

Celui qui fait le bon, le héros, devient alors humain. Toujours en contact avec les dieux il a accès à certain savoir. Il est choisi par les dieux pour faire passer son message. Le héros est devenu l’élu. De ce fait il est protégé. Et si la résurrection est réservée aux demi-dieux, le gain pour la bonne action est une longue vie heureuse et fertile puis l’accès à un accès aux jardins des dieux (périphérie des dieux car il n’est pas un des leurs).  Le lien se fait entre le bon et la promesse de meilleur.

Le mythe initial de Dumuzi, le berger, fils d’une déesse vierge appelée par les grecs Déméter, déesse qui enseigne aux hommes à labourer la terre, nous le retrouvons il y a 2000 ans sous le mythe de Jésus, le berger, né d’une vierge, enceinte par intervention divine, nommée Marie (Prénom issu de Mara – de l’hébreu *mar, et yâm*- celle qui élève)

Mais après toutes ces altérations, l’histoire d’origine a-t-elle gardé le message initial? N’avons-nous pas perdu de vue qu’il s’agissait d’une mise en corps des forces naturelles? L’humanisation a-t-elle servi pour comprendre? N’a-t-elle pas pollué le regard des innocents et des crédules? Si le rapprochement à l’homme a favorisé la transmission, celle-ci ne devient-elle pas tellement familière quelle se banalise ? La familiarité n’est-elle pas propice à la manipulation? Cette déviance des forces issues de la naissance du monde n’a-t-elle pas fini par créer une non adhésion, voir un refus total des miettes qui persistent?

Si l’être humain a voulu rapprocher la force de la Nature des êtres humains en passant par le façonnage anthropomorphique cela était bien dans le but de maîtrise sa vie, de garder le cap face à la peur de l’incompris vers une direction qui lui permettait de prévoir le pas suivant.

On dit que chaque chemin a sa destinée, mais ce n’est pas parce qu’on connaît le chemin qu’on connaît sa destinée. Ne pas connaître sa destinée est comme avancer dans un navire sans savoir pourquoi il est là, en ce moment au port au lieu d’être en mer.

Ce fut à ce moment précis où le besoin de croire fut plus fort que le besoin de se souvenir car sans lui il n’était plus possible de comprendre. A ce moment l’être humain se rendit compte qu’il devait renouer avec la Nature pour comprendre sa vie.

@Regards de Femme// L’âme amérindienne
np©nathalie.peguero 01/12/2012
Citer en tant que : Nathalie PEGUERO: Réflexion à haute voix: « Boussole de la vie… L’Histoire empruntée de la création du monde 3.2» Coll. L’âme amérindienne Ed. WordPress on line. 2012
Publicités